Tout pour réussir dans l'économie collaborative

Rémy Oudghiri,  directeur général adjoint de Sociovision  10 SEPTEMBRE 2015 - CHALLENGES N°444    

La France est championne de l'économie collaborative : Paris est la ville de naissance de BlaBlaCar, leader mondial du covoiturage; celle qui affiche le plus de logements sur la plateforme de location entre particuliers Airbnb, etc. Cela s'explique par plusieurs raisons. Tout d'abord, à cause de la crise économique, les Français ont eu besoin de regagner du pouvoir d'achat. Celle-ci ayant coïncidé avec la généralisation d'Internet et du smartphone, cela a permis le succès de plateformes comme Le Bon Coin. Toutefois, de nombreux pays en crise n'ont pas connu le même emballement. C'est aussi parce que la France est extrêmement touristique que des opportunités sont apparues, par exemple pour Airbnb. Ensuite, les études montrent que les Français sont beaucoup plus défiants envers l'autorité que leurs voisins européens. Or le collaboratif introduit une notion d'horizontalité. Le consommateur n'est plus face à un intermédiaire lointain, mais à d'autres particuliers, avec lesquels se crée une relation de confiance grâce à un système de notation.

J'ajouterai une autre raison, liée au phénomène start-up : les jeunes ont du mal à accéder au marché du travail. Or, de plus en plus, ils peuvent créer facilement leur entreprise, ce qui suscite un bouillonnement créatif. Donc, d'un côté, l'ampleur de l'économie collaborative génère une opportunité, en montrant que le système est capable de bouger, en obligeant la France à se développer plus vite. La vertu d'Uber a été de bousculer la profession des taxis qui s'est policée et offre plus de services. Les thèmes de l'« uberisation » et des pratiques collaboratives sont devenus centraux dans les entreprises. C'est comme si on avait donné un coup de pied dans la fourmilière endormie. D'un autre côté, il y a tout de même un bémol : si cette économie, qui paraît un peu anarchique, n'est pas accompagnée intelligemment, elle menacera de nombreux emplois. Il faut la réguler, par exemple en inventant un statut pour ces entreprises, et, en parallèle. 0 faut injecter un peu de souplesse dans l'économie « traditionnelle ».